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La Petite Mosquée dans la prairie

La Petite Mosquée dans la prairie décrit avec humour le quotidien d´une communauté musulmane dans le Saskatchewan.

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Au voile!

Au voile!



Année de production: 2007

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VIDÉO TRANSCRIPTION

C'est l'heure de la prière à la mosquée de Mercy. Une des femmes porte le niqab plutôt que le hijab.


SARAH ET RAYYAN sortent ensemble de la section des femmes. SARAH montre la femme portant le niqab.


SARAH

C'est curieux.

J'avais encore jamais vu ça ici.


RAYYAN

Oh, tu parles de la burqa.


SARAH

Peu importe d'où

elle vient, ça m'est égal.


RAYYAN

«Burqa» veut dire

«voile», maman.


AMAAR

(S'approchant des deux femmes)

Vous avez un problème

avec les voiles?


SARAH

Je ne sais pas trop. C'est pas

un peu rabaissant? Je veux dire,

je sais que c'est pas

la bonne couleur pour la saison.


RAYYAN

Mais c'est son choix.


SARAH

Oui, mais qui peut choisir

de porter ça?


La femme portant le niqab passe devant BABER en lui jetant un regard profond. BABER est comme envoûté.


AMAAR

(S'adressant à SARAH)

On devrait lui souhaiter

la bienvenue.

C'est une musulmane

qui vient prier.

Ça m'étonnerait

que ce soit un ninja.


BABER

(S'approchant du groupe)

Vous avez vu cet ange radieux?

Enfin une véritable

musulmane modeste

qui n'est pas une catin

peinturlurée.


SARAH

Baber, Rayyan peut t'entendre.


RAYYAN

Ah!


SARAH

Quoi?


BABER

Quelle vision!

Vous savez ce qui m'a d'abord

attiré chez elle?


AMAAR

Ses yeux?


BABER

Comment l'avez-vous su?


AMAAR

Un coup de chance.


BABER

(Se retournant vers la femme)

Hum!


Titre :
La petite mosquée dans la prairie Au voile!


SARAH et RAYYAN sont assises ensemble au comptoir du café de FATIMA.


SARAH

(S'adressant à FATIMA)

Vous êtes au courant pour

la femme avec le voile intégral?

Tout le monde ne fait

que parler d'elle.


RAYYAN

Je n'ai entendu personne

parler d'elle.


SARAH

Bon, d'accord, il y a

que moi jusqu'à présent,

mais faut bien que ça commence

quelque part.


FATIMA

Je ne connais pas cette femme.

Elle n'est pas encore venue ici.


SARAH

Vous voyez? Elle est pas

encore venue dîner ici.

Qu'est-ce qu'elle peut cacher?


FATIMA

Sa bouche, elle l'a couverte.

Elle ne peut pas

manger en public.


RAYYAN

Spider-Man a exactement

le même problème.


FATIMA

Le niqab exprime la modestie.

Certaines femmes n'autorisent

que leur mari à voir

leur visage.


SARAH

Alors, pourquoi

tu n'en portes pas?


FATIMA

Je suis veuve et

je n'ai donc pas de mari.


RAYYAN

Mais si tu avais un mari

qui t'obligeait à en mettre un?


FATIMA

Je lui mettrais mon poing

dans la figure! Hum!

Homme stupide!


AMAAR travaille dans son bureau. Le RÉVÉREND MCGEE lui rend visite.


RÉVÉREND MCGEE

Toc, toc, toc!

J'espère que

je ne vous dérange pas.


Le RÉVÉREND tient un paquet entre ses mains.


AMAAR

Ah, je travaille juste sur mon

prochain sermon. Écoutez plutôt.

«S'éveiller aux merveilles

qui nous entourent.»


RÉVÉREND MCGEE

Ah oui, j'ai près

de neuf versions différentes

sur ce thème dans un tiroir.


AMAAR

Ah...

Je peux faire

quelque chose pour vous?


Le RÉVÉREND dépose le paquet sur le bureau d'AMAAR.


RÉVÉREND MCGEE

Cachez ça pour moi.


AMAAR

Vous êtes devenu «dealer»?


RÉVÉREND MCGEE

Non, non, voyons.

C'est un gâteau

de ma tante Judy.


AMAAR

C'est un euphémisme.

Vous vendez de la drogue.


RÉVÉREND MCGEE

Non, mais ce n'est pas

de la drogue.

C'est un gâteau délicieux

et je ne veux pas m'empiffrer.


AMAAR

Oh, allez, il est

vraiment si bon que ça?


RÉVÉREND MCGEE

C'est comme

si le mot «succulent»

avait été génétiquement modifié

et qu'on y avait ajouté des noix.

Cachez-le pour moi.


AMAAR

D'accord, très bien.


AMAAR dépose le paquet dans un tiroir.


RÉVÉREND MCGEE

Vous... vous allez

le cacher là?


AMAAR

Bon, tournez-vous. Je vais

le mettre dans l'autre tiroir.


RÉVÉREND MCGEE

Ne me dites pas que vous allez

le mettre dans l'autre tiroir!


AMAAR

J'allais l'ouvrir et le

refermer pour vous faire croire

que je l'avais mis

dans l'autre tiroir.


RÉVÉREND MCGEE

Maintenant, je sais

ce que vous allez faire.


AMAAR

Ce serait bien plus facile

si vous vous en alliez.


Le RÉVÉREND pousse un grognement avant de partir.


YASIR décharge du matériel de construction de son camion. BABER profite de la présence du camion pour se cacher afin de mieux observer la femme au niqab. YASIR s'approche doucement de BABER.


YASIR

Baber?


BABER

Ah! Frère Yasir,

qu'est-ce que tu fais?


YASIR

Qu'est-ce que t'espionnes?


BABER

Que j'espionne? Non,

mais c'est toi qui espionnes.


YASIR

Moi, en fait... Bien, je...


BABER

T'espionnes.

Je suis qu'un pauvre fou.

Je me conduis comme un gamin.

La femme qui porte le voile,

il faut que je lui parle.

C'est un besoin irrésistible.


YASIR

Alors, va lui parler.


BABER

Je peux pas!


YASIR

Alors, c'est pas

si irrésistible que ça.

Excuse-moi, j'ai du bois

à décharger.


BABER

Non, non, non,

c'est pas possible.

Elle est si magnifique.

Non, je n'ai

aucune chance avec elle.


YASIR

Avec les femmes, on sait

jamais avant d'avoir essayé.


BABER

Comme si tu t'y connaissais,

toi, en femmes.


YASIR

J'ai jamais reçu de plaintes.


BABER

Mais moi, oui.

Un maximum de plaintes.

J'ai besoin de ton aide.

S'il te plaît.


YASIR

OK. Avec ta femme,

vous parliez de quoi?


BABER

Euh... de notre divorce.


YASIR

Mais avant ça?


BABER

On s'est disputés à cause

de mes ongles de pieds.

Mais c'est pas important!

Je passerai chez toi

tout à l'heure. Tu me diras

tout ce que je dois savoir,

d'accord? Alors, à plus.


BABER s'en va en douce.


YASIR

(Pour lui-même)

Pourquoi je lui ai dit

où j'habitais?


La FEMME VOILÉE marche dans les rues de Mercy. Elle croise FRED TUPPER et JOE.


FRED

Tu as vu ce que je viens

de voir?


JOE

Ses yeux. Et quels yeux!


FRED

Ça commence à ressembler

au tiers monde dans le coin.


JOE

Ses yeux m'ont

littéralement transpercé.


FRED

Bientôt, ils vont nous obliger

à mettre un rideau sur la tête.


JOE

Elle a essayé de m'hypnotiser.


FRED

Tu crois toujours

qu'on essaie de t'hypnotiser.

Rappelle-toi l'année dernière

au concours de talent.


JOE

Oui, mais le type

était hypnotiseur.


FRED

C'était un ventriloque.


JOE

Oui, mais sa marionnette,

elle avait des yeux.


FRED

Blaireau!


FRED s'en va, tandis que JOE reste là, hypnotisé.


SARAH et ANN prennent un café ensemble chez FATIMA. FRED entre dans le restaurant.


FRED

(S'arrêtant devant la table)

Tiens, tiens, c'est

notre chère madame le maire.

Content de voir que

la crise qui secoue la ville

ne vous a pas coupé l'appétit.


ANN

Non, mais vous, peut-être.

Quelle crise?


FRED

«Quelle crise»?

Mais il y a des malades

qui se baladent

dans les rues en burqa.

Bientôt, on aura

des décapitations publiques

et puis les gens...

mangeront des figues.


ANN

(S'adressant à SARAH)

Qu'est-ce qu'il raconte?

Il y a un problème

de décapitation?


SARAH

Oh, il y a une femme

à la mosquée

qui porte un voile traditionnel

répressif, sexiste,

qui couvre le visage.


FRED

Je croyais

que vous étiez pour.

C'est flippant

et tellement musulman.


SARAH

Mais pas du tout!

Cette pauvre femme...


ANN

Sarah protège toujours

ses soeurs musulmanes.

En fait,

je ne vous ai jamais vue

partager quoi que ce soit

avec elles, mais je suis sûre

que vous vous en souciez un peu.


FRED

Typiquement libéral.

Ça parle, mais ça ne fait rien.


SARAH

Hé, je fais quelque chose!


FRED

Très bien. Faites

quelque chose pour ça, alors.


ANN

Quoi, vous êtes d'accord

tous les deux?


FRED

Absolument.


SARAH

Absolument pas!


ANN

Vous devrez être d'accord

que vous ne l'êtes pas.


FRED

Mais je ne suis pas d'accord.


SARAH

Moi non plus.


ANN se lève en remettant l'addition à SARAH.


ANN

Les deux doigts de la main.


FRED

Hum!


SARAH

Hum... Est-ce qu'on va faire

quelque chose pour cette burqa?


FRED

(S'assoyant devant SARAH)

Voilà mon idée. D'abord, on a

besoin d'une foule en colère--


SARAH

Attendez, attendez. Non.

Je vais mijoter un plan.

(Tendant l'addition à FRED)

Merci.


AMAAR rentre dans son bureau, un café à la main. Il trouve le RÉVÉREND assis sur son fauteuil.


RÉVÉREND MCGEE

Bonjour, Amaar.


AMAAR

Révérend.


RÉVÉREND MCGEE

Vous avez caché le gâteau,

comme vous aviez promis

de le faire?


AMAAR

Oui.


RÉVÉREND MCGEE

Hum-hum. Et ça...

(Sortant le paquet de derrière son dos)

... c'est quoi, ça?


AMAAR

Hé, vous l'avez trouvé.


RÉVÉREND MCGEE

Dans la buanderie, Amaar.

Non, mais franchement.

Hum? Vous... vous êtes

un très mauvais «cacheur».


AMAAR

Je ne comprends pas trop

où est le drame.


RÉVÉREND MCGEE

Je ne m'attendais pas

à ce que vous compreniez.

Nous, les chrétiens,

nous avons cette petite chose

qu'on appelle l'abnégation.


AMAAR

On connaît l'abnégation aussi.

Les musulmans sont

les rois de l'abnégation.


RÉVÉREND MCGEE

Parfait.

Mais je commence à croire

que vous n'êtes pas

l'homme idéal

pour faire ce travail.


AMAAR

Vous pensez que

je ne peux pas cacher un gâteau?

Je peux cacher un gâteau.

En fait, vous feriez bien

de mettre vos lunettes

à tête chercheuse de gâteaux,

monsieur, parce que vous allez

avoir un problème majeur

pour le retrouver.


RÉVÉREND MCGEE

J'aime bien cet esprit.


Le RÉVÉREND redonne le paquet à AMAAR et sort du bureau. AMAAR s'apprête à mettre le paquet quelque part.


RÉVÉREND MCGEE

(Voyant l'endroit)

Pas là!


FRED fait des recherches à l'Hôtel de Ville.


FRED

(Lisant à voix haute)

«Condamné des...»


SARAH rejoint FRED, aux archives.


SARAH

J'ai trouvé!


FRED

Ah! Allez, je savais qu'il

y avait une loi contre la burqa.


SARAH

Non, une loi

contre les soucis.


FRED

Ah... Mais c'est encore

un truc louche de musulman,

ça, ou quoi?


SARAH

Non, c'est une fleur.

Je hais les soucis.

En 1927, on les a interdits

dans la grande rue.


FRED

Ah...


SARAH

Je garde l'oeil ouvert.


Un peu plus tard, FRED cherche toujours dans les règlements de la ville. SARAH revient vers FRED.


SARAH

J'ai trouvé! Ça y est.

C'est là sur la microfiche.

Regardez ça.


FRED

Mais pourquoi

vous l'apportez ici.

Faut l'appareil pour les lire.


SARAH

Oui, je sais, mais je voulais

avoir quelque chose en main

en disant: «J'ai trouvé.»

Mercy a interdit les voiles

qui couvrent les visages en 1910

après plusieurs cambriolages

dans un magasin

de farces et attrapes.


FRED

(Riant)

Mais qu'est-ce qu'ils veulent

dire par «attrape»?


SARAH

Quelque chose

qui n'est pas une farce.

Hum...


BABER rend visite à YASIR.


YASIR

Bon, Baber, disons

que tu rencontres

cette jeune femme dans la rue,

qu'est-ce que tu lui dirais?


BABER

Qu'il n'y a pas

d'autre dieu qu'Allah

et Mohamed est son prophète.


YASIR

Il vaut peut-être mieux

travailler un peu le texte.


BABER

Tu vois? J'y connais rien,

moi, aux femmes.


YASIR

Mais si, bien sûr que si.

T'as été marié. Comment

t'as rencontré ta femme?


BABER

À notre mariage.


YASIR

(Inspirant profondément)

Ça va être un sacré challenge.

Ce qu'il nous faut, c'est

un truc pour briser la glace.

Une blague, peut-être.


BABER

Oui! Ha! Je suis fort

pour les histoires drôles.


YASIR

Oui.


BABER

Il était une fois,

il y avait deux économistes.

Et ils étaient partis

à la pêche ensemble.

(Riant)

Et... ce qui est important,

et qu'il ne faut pas oublier,

c'est que l'un est keynésien

et l'autre est monétariste,

et donc...


YASIR

Attends, on va chercher

autre chose, hein?

Est-ce que tu sais

faire le café?


BABER

Oui. Les femmes aiment ça?


YASIR

Non, non, tout de suite, car

on est là pour un bout de temps.


FRED entre dans le café de FATIMA À l'heure d'affluence. SARAH et RAYYAN sont au comptoir. FRED est accompagné d'un policier. Ils semblent chercher quelqu'un.


SARAH

(S'adressant à RAYYAN)

Moi, je trouve ça barbant.


RAYYAN

(Se faisant servir)

Merci.


FRED

(S'adressant au policier)

Elle finira bien par arriver.

C'est devenu un centre

de talibans, ici.


FATIMA

(S'adressant à FRED)

Comme d'habitude?


FRED

Non, merci.

(S'adressant à SARAH)

Des nouvelles

de notre amie voilée?


SARAH

Non.


RAYYAN

Qu'est-ce qui se passe?


FRED

C'est la loi qui passe.

Terminé, les burqas.

Vous portez un voile

et vous filez en taule.


RAYYAN

Vous êtes cinglé?


SARAH

Mais...


FRED

Vous commettez un délit

et vous allez en taule.


RAYYAN

Vous ne pouvez pas

inventer des lois.


FRED

Mais j'y suis pour rien,

ma grande.

Faut voir avec votre mère.


SARAH

J'ai, comment dire, trouvé

une vieille, vieille loi.


RAYYAN

Vous ne pouvez pas

obliger les gens

à porter ce que vous voulez

qu'ils portent.


SARAH

La loi nous oblige à mettre

la ceinture en voiture,

c'est pareil.

Une ceinture de visage.

Or, on veut vous empêcher

de mettre la ceinture.


FRED

(S'adressant au policier)

Elle est pas ici, Mike. Allons

faire une descente à leur QG.


RAYYAN

(Se levant)

Une petite minute. Maman,

je ne serai pas là

pour le dîner.


RAYYAN rabat son foulard sur son visage.


FRED

Pourquoi vous faites ça?

Vous n'avez pas entendu

ce que j'ai dit

sur le voile et la taule?


RAYYAN

Si. Emmenez-moi, officier.


MIKE LE POLICIER

En route.


SARAH

Attendez. Mais attendez!

Qu'est-ce qui vous prend?

C'est ma fille, voyons!

C'est moi qui ai trouvé

la loi, ça compte pas.


YASIR est toujours chez lui avec BABER. Il parle au téléphone avec SARAH.


YASIR

Au poste de police?

Mais qu'est-ce qui se passe?


SARAH

(Parlant au téléphone avec YASIR)

Ah, en fait, disons...

j'ai accidentellement

fait arrêter notre fille.


YASIR

Oui, bien sûr, je comprends.

Qui ne comprendrait pas

d'ailleurs?

J'arrive tout de suite. Je dois

partir, ma fille est en prison.


BABER tient une rose dans sa bouche.


BABER

Ah, la belle excuse.

Si tu veux pas m'aider,

t'as qu'à le dire.


MIKE le policier mène RAYYAN dans une cellule.


MIKE LE POLICIER

Rendez-nous la vie plus facile

et enlevez ce voile.


RAYYAN

Ça, jamais.


MIKE LE POLICIER

Dans ce cas, vous allez rester

là-dedans très longtemps.


ANN la mairesse intervient.


ANN

Mike, libérez-la.

Oui, madame.


RAYYAN

Je n'irai nulle part!

Je suis une prisonnière

politique.


Pendant la conversation, RAYYAN ouvre et ferme la porte de sa cellule à sa convenance.


ANN

Pourquoi tu n'enlèves pas

ce voile?

Tu n'en as jamais porté avant.


RAYYAN

(Murmurant)

Je le fais pour prouver

quelque chose.

Tu ne comprends pas?


ANN

Non. Ce qui prouve que

ta démonstration est mauvaise.

Alors, enlève ce voile et

je te raccompagne à la maison.


RAYYAN

Je proteste contre

une loi injuste.


ANN

On ne porte pas plainte.

Relâchez-la.


RAYYAN

Je ne partirai pas.


ANN

Effraction d'un bâtiment

public.

(S'adressant à MIKE)

Bouclez-la.


MIKE LE POLICIER

Oui, madame.

(Se tournant vers RAYYAN)

Ouvert ou fermé?


RAYYAN

Euh... Moitié-moitié, ça ira.


MIKE fait glisser la porte à moitié.


MIKE LE POLICIER

D'accord.


FATIMA sert les gens dans son restaurant en maugréant contre le règlement.


FATIMA

Maintenant, des braves gens

se font arrêter

parce que cette pauvre femme

a choisi de porter le niqab.

Si elle était ici,

moi, je lui dirais

que je suis à fond

avec elle. Hum!


JOE, qui lisait son journal paisiblement, entend les propos de FATIMA.


JOE

(S'adressant à FATIMA)

Je la pisterai pour vous

et je vous dirai

où elle habite.


FATIMA

Quoi?


JOE

J'ai pas pu m'empêcher

d'entendre.


FATIMA

Vous n'avez pas fait

beaucoup d'effort.


JOE

Non, il faut que je la trouve.

Elle m'a hypnotisé.

Elle est en train

de contrôler mon esprit.


FATIMA

Personne ne peut contrôler

votre esprit.


JOE

Ah... C'est gentil

de me dire ça,

mais il faut quand même

que je la trouve.

Je veux savoir ce que mijotent

ses yeux effrayants.


FATIMA

Non, ne faites pas ça.


JOE

D'accord. Niez toute

connaissance de ma mission.

J'ai pigé. Souhaitez-moi

bonne chance.


FATIMA

Vous croyez toujours

que les gens essaient

de vous hypnotiser.

Ah, pff!


Au poste de police, SARAH et YASIR se précipitent vers la cellule de RAYYAN.


SARAH

Ah, Rayyan, mon bébé!


RAYYAN

C'est matricule 14 pour toi.

J'aurai un numéro plus long

quand je serai au pénitencier.


YASIR

Ma chérie, on se faisait

un sang d'encre!


RAYYAN

Vraiment? Ah, j'aurais pensé

que vous seriez plus détendus

avec une criminelle endurcie

derrière les barreaux.


SARAH

Chérie, je ne veux pas

pinailler, mais je n'ai fait

que trouver la loi.

Tu l'as enfreinte.


RAYYAN

Cette loi est injuste.


SARAH

Non, pas du tout.

Elle est là pour protéger nos

farces et attrapes, c'est tout.


RAYYAN

Quoi?


YASIR

Les filles, s'il vous plaît.

Ne transformons pas

cette visite carcérale

en quelque chose de déplaisant.


SARAH

Pourquoi tu as un caractère

de cochon comme ça?


RAYYAN

Et toi, pourquoi

tu fourres toujours

ton nez dans les problèmes

des autres?


SARAH

Ah, Yasir, tu vas la laisser

me parler sur ce ton?


RAYYAN

Qu'est-ce qu'il va faire?

Me pousser hors de ma cellule

pour m'enfermer dans ma chambre?


YASIR

Quelqu'un a peut-être envie

d'une petite glace?


Le policier MIKE lève la main en entendant l'invitation.


Dans les rues de Mercy, la FEMME VOILÉE continue de circuler. Elle passe devant un comptoir à hot-dog. JOE s'y fait justement servir. Il aperçoit la FEMME VOILÉE.


JOE

Ça alors! Bien sûr.


JOE commence à suivre la femme quand un morceau de saucisse de son hot-dog tombe par terre.


JOE

Nom d'un chien!


En relevant la tête, JOE fixe son regard sur des vire-vent de couleur et se sent soudainement hypnotisé. Le RÉVÉREND MCGEE passe par là.


RÉVÉREND MCGEE

Bonjour, Joe.


JOE

Ah, bonjour. Je peux pas vous

parler. Je suis sur un coup.

(Ne voyant plus personne dans la rue)

Ah, elle est futée.

Elle a réussi à me semer.


RÉVÉREND MCGEE

Je ne sais pas qui c'est,

mais elle a de la chance.


JOE

Oui.


Le RÉVÉREND s'en va et JOE reprend son hot-dog en s'éloignant.


YASIR entre dans son bureau. Il ouvre le store qui donne sur la salle de prière de la mosquée et aperçoit BABER dans la vitre.


BABER

(Hurlant)

Il faut que tu m'aides!

(Entrant dans le bureau)

Oh, oh, Yasir!

Je ne dors plus,

je ne me suis pas lavé.

Je suis prêt à la rencontrer.


YASIR

Alors, il faut absolument

que t'ailles la voir.

Mais d'abord,

va prendre un bain.


BABER

Mais... mais non, j'ai besoin

de toi pour me coacher.


YASIR

Désolé, mais je ne peux

rien faire pour toi, Baber.

Je suis 1000 fois trop occupé.


BABER

Mais je ne sais pas ce que

je dois lui dire en premier.

Ni en deuxième ni en quatrième.


YASIR

T'as oublié le troisième.


BABER

Non, troisième, je sais.

«Moi, je m'appelle Baber,

ma soeur. Et toi?»


YASIR

Ah, c'est magnifique.

Désolé, Baber, je peux pas

toujours te tenir la main.


BABER

Je ne veux pas

que tu me tiennes la main.

Je veux tenir la sienne. Hum!

Oh, mais pas avant

d'être marié, bien sûr.


YASIR

Oui, oui.

Allons la voir.


BABER

Allons l'inviter.


Le bureau d'AMAAR est dans le noir. Le RÉVÉREND MCGEE entre subtilement dans le bureau et cherche partout.


AMAAR

(Parlant dans le couloir)

Mais pourquoi

est-elle en prison?


Le RÉVÉREND se cache sous le bureau d'AMAAR.


SARAH

(Parlant dans le couloir)

Bien, parce qu'elle

portait un voile.


AMAAR

(Entrant dans son bureau)

Mais depuis quand

elle porte le voile?


SARAH

Depuis que

c'est devenu illégal.


AMAAR

Depuis quand porter

le voile est illégal?


SARAH

En fait, j'ai ressorti

une très vieille loi.

Écoutez, quelle partie

de «mon plan a mal tourné»

vous ne comprenez pas?


AMAAR

La partie où vous m'obligez

à régler votre problème.


SARAH

Vous voulez bien

aller lui parler?


AMAAR

Ce n'est plus un problème

spirituel, mais légal.


SARAH

Vous étiez avocat

à une époque.


AMAAR

Ah... Je vais jeter

un oeil, d'accord.

On peut peut-être

délégiférer cette loi.


SARAH

«Délégiférer?»


AMAAR

Ça remonte à loin.


SARAH et AMAAR sortent du bureau.


AMAAR

(Criant pour que le RÉVÉREND entende)

Pendant que j'y pense,

le gâteau est caché

derrière la bibliothèque.


RÉVÉREND MCGEE

Vous n'êtes pas censé

me le dire!

(Essayant de sortir de sa cachette)

Aïe!


SARAH fait les cent pas dans le bureau d'ANN.


SARAH

Elle est stupide, cette loi.

Je n'aurais jamais dû faire ça.


ANN

C'est pour ça que nous

n'ouvrons jamais de bouquin.


SARAH

Ça s'arrangera, vous croyez?

Qu'elle finira par sortir?


ANN

J'ai un tas de livres ici

et je les ouvre jamais.


SARAH

Je vous en prie, aidez-moi.


ANN

D'habitude,

c'est notre responsable

des relations publiques

qui règle ce genre de problème.

Ah, mais oui, c'est vous!


SARAH soupire.


ANN

Très bien.

Je vais réunir l'assemblée,

demander une séance plénière,

ensuite, une deuxième lecture

et bientôt, vous pourrez dire:

«Dans cinq ans, cette loi

ridicule aura disparu.»


SARAH

Cinq ans? On peut pas

la laisser moisir en prison.

C'est vrai, elle pourrait

se faire un tatouage.

Je vais invoquer

les droits de l'homme.


ANN

Je ne peux pas aller

plus vite. Une seule personne

en prison n'en fait pas un

problème de droits de l'homme.


SARAH défait le foulard qu'ANN porte autour du cou.


ANN

Mais... mais... mais

qu'est-ce que vous faites?


SARAH

Excusez-moi. Je vais faire

une balade en public.


SARAH enfile le foulard et se couvre le visage.


ANN

C'est ça, d'accord. Vous

pouvez vous couvrir le visage.

Je sais quand même que vous

quittez le travail en avance.


YASIR et BABER marchent dans Mercy.


YASIR

Mais où est-ce que

tu m'emmènes?

On sait même pas où elle habite.


BABER

Mon coeur sera notre boussole.


YASIR

Une boussole

nous dit où aller.

Nous, on sait pas où aller.


BABER aperçoit la FEMME VOILÉE au loin.


BABER

La voilà.


YASIR

(Poussant BABER vers la femme)

Allez, fonce, mon frère!


BABER

Je crois pas que je puisse.


YASIR

Regarde-la, mon frère.

Regarde-la!


BABER

Je peux pas,

je peux pas. Yasir!


YASIR s'en va et laisse BABER seul à lui-même. En se retournant, BABER fait face à la FEMME VOILÉE.


BABER

Oh, excusez-moi, ma soeur.

(Propos en arabe)

Assalamu alaykum.

Vos yeux...

vos yeux sont pas ceux

d'une femme.


JOE soulève une burqa improvisée.


JOE

Chut! Je suis en mission.


BABER

Ah!


SARAH, de son côté, se trouve assise à l'arrière d'une voiture de police.


SARAH

(S'adressant au policier qui conduit)

Ça ne s'arrêtera pas

avec moi, vous savez.

Le mouvement est en marche.


MIKE LE POLICIER

Non, ça, c'est pas

un mouvement.

C'est juste deux personnes.


En roulant sur la rue, MIKE le policier aperçoit JOE dans sa burqa.


MIKE LE POLICIER

Trois personnes.


MIKE freine. Quelques minutes plus tard, SARAH est assise à côté de JOE.


SARAH

(S'adressant à JOE)

D'accord, je sais pourquoi

elles portent le voile,

mais vous, pourquoi?

Pourquoi vous portez un voile?

C'est quoi, l'idée?


JOE

C'est comme la chasse.

Si on veut attraper un canard,

il faut raisonner

comme un canard.


SARAH

Mais on s'habille pas

en canard,

on prend un canard en bois.


JOE

Comme si j'allais fabriquer

une femme voilée en bois.

Ce que vous pouvez être bête.


AMAAR fait des recherches à l'Hôtel de Ville. ANN, la mairesse, l'interpelle.


ANN

Bonjour, Amaar.

Qu'est-ce que vous faites ici?


AMAAR

Disons que j'ai promis

à Sarah de l'aider.


ANN

Génial! Je vais vous montrer

où est la machine à café.


AMAAR

Non, je veux dire,

je fais des recherches

sur cette histoire de voile.

J'essaie de trouver une faille.


ANN

Mais oui, bien sûr.

Dites, vous avez peut-être

le temps de faire du café ou...


AMAAR

Non.

Écoutez, je ne veux pas

être grossier, madame le maire.

J'ai vraiment besoin

de me concentrer.

J'ai étudié cette loi

sous tous les angles

et, manifestement,

elle est hyper bien verrouillée.


ANN

(Feuilletant un livre)

Ah, ça, ça peut

peut-être vous aider.


AMAAR

Qu'est-ce que c'est?


ANN referme le livre et tend sa tasse vide à AMAAR.


ANN

Noir, deux sucres.


AMAAR accepte docilement de faire le café.


ANN

Merci.


SARAH est maintenant dans la même cellule que sa fille, RAYYAN.


RAYYAN

Tu t'es laissée enfermer

pour que je culpabilise

et que j'enlève mon voile.


SARAH

Non, pas du tout.

Ça aurait marché?


JOE est aussi dans la cellule.


JOE

Cet endroit paraît plus grand

quand on n'est pas bourré.


SARAH et RAYYAN regardent JOE.


JOE

Bien, quoi?


AMAAR entre en trombe dans le poste de police.


AMAAR

Laisse partir mon peuple.


MIKE LE POLICIER

Du calme, Moïse.

Et avec l'autorisation de qui?


AMAAR

(Montrant le livre de loi)

Regardez.

La loi a été annulée en 1936

pour que les petites catholiques

puissent porter le voile

de la communion.


RAYYAN

Un voile pour la communion?

Quelle religion étrange.


SARAH

Oui.


AMAAR

Libérez-les.


MIKE LE POLICIER

Je veux bien.

Oh, cette porte me fatigue.


SARAH et RAYYAN retirent le voile avant même d'être sorties.


SARAH

(S'adressant à RAYYAN)

J'espère sincèrement

que tout ça te servira de leçon.


RAYYAN

Maman, cette histoire a été

un désastre du début à la fin.

Et tout ça est de ta faute.


AMAAR

La prison vous a endurcie.


SARAH ET RAYYAN

Oui.


JOE s'apprête à sortir aussi.


MIKE LE POLICIER

(S'adressant à JOE)

Oh là, oh là, une seconde.

Il y a une loi sur la moralité

qui remonte à 1903

et qui interdit

à certains gentlemen de porter

des vêtements de femme

en public.


JOE

(Soulevant son voile)

Mais je suis en mission.


MIKE LE POLICIER

Oui, moi aussi.

À l'intérieur, princesse.

Dépêchons.


Après la prière du vendredi, AMAAR remet ses chaussures avant de sortir saluer ses ouailles. Le RÉVÉREND MCGEE le rejoint dans le vestibule.


AMAAR

Vous avez l'air

bien content de vous.


RÉVÉREND MCGEE

Vous savez de quoi

j'ai rêvé cette nuit?


AMAAR

Du gâteau?


RÉVÉREND MCGEE

De cheeseburgers.


AMAAR

Ce matin, je suis allé chez

Fatima et j'en ai pris deux.


AMAAR

Pour le petit-déjeuner?


RÉVÉREND MCGEE

Vous ne voyez pas? Ça veut

dire finis les gâteaux, terminé.


AMAAR

On dirait que vous avez

simplement remplacé

le gâteau par des cheeseburgers.


RÉVÉREND MCGEE

C'est génial, non? Mais tout

le mérite ne me revient pas.

Merci pour votre soutien.


AMAAR approche de son bureau et est sur le point d'y entrer.


RÉVÉREND MCGEE

Un instant.

Je pourrais avoir un petit

morceau de gâteau?

Maintenant que j'ai dépassé ça.

Juste un petit morceau.


AMAAR

Non.


RÉVÉREND MCGEE

Vous ne me croyez pas? Allons!


AMAAR

Non. Je l'ai mangé.


RÉVÉREND MCGEE

Mais en entier?


AMAAR

Non, pas tout d'un seul coup.

En une journée.


RÉVÉREND MCGEE

C'est honteux, Amaar!

Vous savez, honteux.

Il n'y a plus rien?


AMAAR

Plus rien.


RÉVÉREND MCGEE

Oh, vous me décevez beaucoup.


AMAAR ouvre la porte de son bureau qui est sens dessus dessous.


RÉVÉREND MCGEE

Tout à l'heure,

j'ai peut-être vandalisé

votre bureau,

mais vous me décevez beaucoup.


BABER est en état de choc après la prière. Il s'adresse à YASIR.


BABER

Je ne la verrai

plus jamais, je sais.

Une fleur si délicate,

pure, modeste!


YASIR

Oui, modeste.

Chassée de la ville par

cette loi cruelle et stupide.


FEMME VOILÉE

(Se tenant derrière BABER)

Excusez-moi?


BABER

Quoi, quoi?


FEMME VOILÉE

J'ai remarqué

que vous m'aviez remarquée.


BABER

Je... Quoi? Qui, qui, qui...


FEMME VOILÉE

Je voulais juste me présenter.

Après les prières,

nous pourrions peut-être...


BABER

Vous dites que vous voulez

vous présenter?

Et vous prétendez

être une musulmane modeste?

Ah! Ce comportement est...

totalement inacceptable.


YASIR

Vous lui plaisez beaucoup.

Oui.


Générique de fermeture

Épisodes de La Petite Mosquée dans la prairie