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La Petite Mosquée dans la prairie

La Petite Mosquée dans la prairie décrit avec humour le quotidien d´une communauté musulmane dans le Saskatchewan.

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Ouvrez l'oeil ou dégagez

Les personnes qui fréquentent la mosquée se posent beaucoup de questions quand un agent de la sécurité nationale arrive en ville



Année de production: 2007

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VIDÉO TRANSCRIPTION

SARAH et YASIR HAMOUDI sont dans leur cuisine. SARAH regarde une facture.


SARAH

Cent dollars de plus

pour ce tout petit bureau. Ah...


YASIR

D'abord, McGee me demande

un loyer.

Maintenant, il veut l'augmenter.

J'aimerais bien qu'il se décide.


SARAH

Tu pourrais aller le voir

et le convaincre de baisser.


YASIR

Jamais! Un compromis pourrait

affaiblir ma position.


SARAH

Ça pourrait aussi mener

à un compromis.


YASIR

Je sais comment marchent

les affaires. Merci.

Je vais aller le voir

et lui lancer un ultimatum.

Ou l'augmentation disparaît,

ou c'est moi.


YASIR fait ses cartons pour déménager son bureau. SARAH et le RÉVÉREND MCGEE sont présents.


RÉVÉREND MCGEE

Je suis désolé

de vous voir partir, Yasir.


SARAH

Vous ne pouvez pas

trouver une solution?


RÉVÉREND MCGEE

Je n'ai pas augmenté le loyer,

mais mes taxes foncières

viennent de grimper.


YASIR

Inutile de vous excuser. Ça va

me permettre de réaliser enfin

mon vieux rêve:

travailler à la maison.


SARAH

Comment? Quelle maison?

La nôtre?


YASIR

Ce serait pas à la maison si

je devais me déplacer, chérie.

C'est pas fini, mon ami.


RÉVÉREND MCGEE

Je croyais que

vous étiez d'accord.


YASIR

Je le suis, mais il faut

que je vous rende ma clé.


YASIR tend sa clé suspendue à un porte-clés en forme de bateau.


RÉVÉREND MCGEE

J'aime bien ce porte-clés.


YASIR

Oui. Je l'ai acheté

aux chutes du Niagara.

Ça luit dans l'obscurité.


RÉVÉREND MCGEE ET YASIR

Oh!


Titre :
La petite mosquée dans la prairie Ouvrez l'oeil ou dégagez


RAYYAN rend visite à l'imam AMAAR à la mosquée. En passant, elle visite le local vide de l'ancien bureau de YASIR.


RAYYAN

J'arrive pas à croire

que papa soit parti d'ici.

C'est si triste.


AMAAR

Oui. Sans lui,

rien ne sera plus pareil.

Hé, je vous l'ai pas dit.

J'ai loué l'emplacement.


RAYYAN

Mais McGee augmente le loyer.

Comment vous avez fait?


AMAAR

J'ai trouvé un compromis

avec lui.


RAYYAN

Et pourquoi vous avez besoin

d'un autre bureau?


AMAAR

C'est pas un autre bureau.

Écoutez plutôt.

La boutique de la mosquée!


RAYYAN

Pas sûre que ce soit une idée

qui mérite d'être écoutée...


AMAAR

Des livres islamiques.

Des DVD.

Des montres pour la prière.

Des tapis pour la prière.


RAYYAN

Comme dans une vraie mosquée.


AMAAR

C'est une vraie mosquée.


RAYYAN

Je sais. Je voulais dire

une plus grande.


AMAAR

C'est pour récolter des fonds.


RAYYAN

Pour quoi faire?


AMAAR

Des fonds généraux

pour continuer

la mission de la mosquée

dans la communauté.


RAYYAN

Donc, vous ne savez pas

encore quoi en faire.


AMAAR

Non! L'idée, c'est qu'on va

avoir une vraie mosquée.

Il y a une chance que

vous acceptiez d'être bénévole

quelques heures par semaine?

À la boutique?


RAYYAN

Oh! Je dois pouvoir m'arranger

avec mes tours de garde.


BABER entre dans le local vide.


BABER

Frère Amaar, j'ai appris

pour la boutique.

Vous avez mon soutien absolu.


AMAAR

Vous voulez être bénévole?


BABER

Rester toute la journée

sans être payé? Pas question!


RAYYAN

Réfléchis, Baber.

Tu pourras propager

la culture islamique,

dialoguer avec la communauté.


AMAAR

Ça pourrait même développer

votre sens du contact.


BABER

Qu'est-ce que vous reprochez

à mon sens du contact?

Je ne me laisserai pas calomnier

de la sorte. Inscrivez-moi.


AMAAR

Vous avez utilisé le truc

de la psychologie inversée.


RAYYAN

En fait, je crois

que c'est lui qui l'a utilisé.


AMAAR

Ce qui est bien avec Baber,

c'est que la moitié du travail

est déjà faite.


Au café, FATIMA sert une nouvelle cliente.


FATIMA

Alors, qu'est-ce

qui vous amène à Mercy?


AGENTE FÉDÉRALE

Oh, je suis juste ici

pour les petites «cancesva».


FATIMA sourit.


AGENTE FÉDÉRALE

Pardon. J'ai entendu

l'expression à la radio.

Je pensais que tout le monde

l'utilisait.

Je suis là pour des vacances.

Un peu de pêche au Silver Lake.


FATIMA

Oh! Vous allez bien

vous amuser.

Vous n'allez pas manger

les poissons, j'espère.


AGENTE FÉDÉRALE

Non.


FATIMA

Vous allez bien vous amuser.

Et vous venez d'où?


AGENTE FÉDÉRALE

D'Ottawa.


FATIMA

Oh! Vraiment?

Qu'est-ce que vous faites?


AGENTE FÉDÉRALE

En réalité, je travaille

pour le SICS.


FATIMA

Le SI quoi?


AGENTE FÉDÉRALE

Le SICS:

le service d'intelligence

de la sécurité canadienne.


FATIMA

Le service d'espionnage?


AGENTE FÉDÉRALE

Oh, l'espionnage.


FATIMA

Ceux qui s'en prennent

aux musulmans?


AGENTE FÉDÉRALE

Je ne dirais pas

«s'en prennent».

Quelques fois, on repère

un individu qui se trouve

être musulman, mais parmi

mes amis, il y a des musulmans.


FATIMA

Qui?


AGENTE FÉDÉRALE

Farouk.

Abdul...

Halal...


FATIMA réagit au nom Halal.


AGENTE FÉDÉRALE

Oui, à vrai dire, je n'ai pas

vraiment d'amis musulmans.


FATIMA

J'apporte l'addition.


AGENTE FÉDÉRALE

Oh, en fait, j'espérais

une part de gâteau.


FATIMA

Oh! Nous espérons tous

beaucoup de choses.


L'AGENTE affiche un air gêné.


Chez les HAMOUDI, les cartons et les meubles du bureau sont entassés dans le salon.


YASIR

Chérie, voilà

ce que je me suis dit.

Le tableau en liège ira ici.


SARAH

Je vais le voir

de la salle à manger.


YASIR

Le blanc alors?


SARAH

Quand tu parlais de faire

ton bureau à la maison,

je croyais que tu parlais

de la cave ou du garage.


YASIR

Le garage, c'est ton espace.

Même en rêve,

je m'y aventurerais pas.


SARAH

Mais voyons!

Ça, c'est le salon.


YASIR

C'était le salon,

ma chérie, le salon.

Maintenant, c'est mon bureau.


SARAH

Tu es sûr que

c'est une bonne idée?

J'ai remarqué que les gens

qui travaillent chez eux

sont bizarres. D'abord,

tu fais la grasse matinée.

Ensuite, tu restes en pyjama

toute la journée.

Tu te rases qu'à moitié.


YASIR

Je me rase toujours

qu'à moitié.


SARAH

Oui, mais exprès.

Pas par flemmardise.


YASIR

T'inquiètes pas, chérie.

L'informatique a commencé

dans un garage.

Bill Gates a commencé

dans un garage.

La General Motors a commencé

dans une cabane

ou probablement

un immeuble désaffecté.


SARAH

Alors, installe-toi

dans le garage.


YASIR

Mais la télé est juste là!


AMAAR termine d'installer sa boutique dans l'ancien bureau de YASIR. RAYYAN arrive.


RAYYAN

(Propos en langue étrangère)

Assalamu alaykum.


AMAAR

(Propos en langue étrangère)

Wa alaykum salam.


RAYYAN

Jolie boutique!


AMAAR

Ça vous plaît?


RAYYAN

Oui.


AMAAR

Je l'ai conçue

pour des achats impulsifs.

Les gens viennent pour avoir

des brochures gratuites

que j'ai placées au fond.

Donc, ils doivent

s'engager dans l'allée

et boum!

(Choisissant un article sur une tablette)

L'horloge de prière.


RAYYAN

Oh! L'horloge de prière

ne fait pas boum, j'espère.

Parce que ce serait

déstabilisant.


AMAAR

Je vous montre

la marche à suivre?


RAYYAN

Je me tiens derrière

le comptoir.

On achète quelque chose. J'ouvre

le tiroir, je rends la monnaie.


AMAAR

Vous avez déjà fait ça.


RAYYAN

Ah non! Je l'ai vu au cinéma.

Ne vous inquiétez pas.

J'ai travaillé chez Fatima

quand j'étais étudiante.

Je connais l'industrie

du service.


Un homme entre dans la boutique.


AMAAR

Votre premier client.


RAYYAN

Oh! Souhaitez-moi

bonne chance.

(S'adressant au client)

Qu'est-ce que je peux faire

pour vous aujourd'hui?


CLIENT

Rien, merci.

Je fais que regarder.


RAYYAN

D'accord. Pendant que vous

y êtes, je vous conseille

de jeter un oeil sur nos

brochures islamiques gratuites.


CLIENT

Oui.


RAYYAN

Stop! Pas par là.

Passez derrière le rayon

des horloges de prière.


AMAAR fait un air désolé.


SARAH rentre chez elle pour dîner. Elle trouve YASIR en peignoir dans son bureau salon.


YASIR

Chérie, tu rentres déjeuner?


SARAH

Je m'en doutais.

Tu es toujours

en robe de chambre.


YASIR

Oh, pardon.

(Reniflant son peignoir)

J'adore cette odeur, ma chérie.

J'ai trouvé un nouvel

adoucissant.

J'en ai profité

pour faire une lessive.


YASIR retire le peignoir. Sous le peignoir, YASIR porte ses vêtements de ville.


SARAH

(Remarquant une pile de linge)

Tout est plié.

Un costume?

Tu ne portais jamais de costume

quand tu allais au bureau.


YASIR

J'ai l'impression de faire

plus professionnel.

Et en plus, j'ai une affaire

avec M. Cook.

Je vais construire un parking.


YASIR passe à la cuisine où il continue la préparation d'un repas.


SARAH

Mmm! Ça sent bon.


YASIR

J'espère.

Baba Ghanouj.


SARAH

Vraiment?

Ça sent la cannelle.


YASIR

Oh! J'ai oublié les galettes.


YASIR sort des galettes du four.


SARAH

Il est à peine midi et t'as eu

le temps de faire ton travail

et de préparer ces gâteaux? Oh!


YASIR

C'est fou ce qu'on peut

faire quand on a ni Amaar

ni McGee dans les pattes.

Avec eux, c'est toujours:

«Yasir, je vous raconte

une nouvelle blague?»

«Yasir, vous voulez

sortir déjeuner?»

«Yasir, vous voulez nous

laisser? On a du travail.»

Assieds-toi.


SARAH

Oui. Où ça?

N'importe où.

Attention la sculpture de glace.


SARAH se retourne et aperçoit un poisson sculpté dans la glace.


SARAH

Oh! Quoi?

Tu...


À la mosquée, AMAAR passe à la boutique pour voir RAYYAN.


AMAAR

Alors, cette première journée?


RAYYAN

Très bien.

J'ai passé le balai.

J'ai fait l'inventaire et

nettoyé derrière les étagères.


AMAAR

Mais les étagères

ont été installées hier.


Un homme entre dans la boutique.


RAYYAN

J'ai pas dit

que ça m'avait pris du temps.


AMAAR

Et au niveau des ventes?


RAYYAN quitte le comptoir en rendant les clés du tiroir-caisse à AMAAR.


RAYYAN

Très régulières.


AMAAR

(Ouvrant le tiroir-caisse)

Il y a la même somme

que ce matin.


RAYYAN

Oui, d'accord. On n'a rien

vendu. Mais c'était régulier.


AMAAR

Alors personne n'est venu?


RAYYAN

Ah si, si, si! Ils viennent,

mais ils n'achètent rien.

C'est curieux.


RAYYAN se tourne vers l'homme qui lit un livre dans la boutique.


RAYYAN

Excusez-moi.

C'est une boutique.

Pas une bibliothèque.

Vous achetez ou vous partez.

Vous voyez ce que je veux dire.


L'AGENTE FÉDÉRALE revient chez FATIMA et s'assoit dans la salle à manger.


FATIMA

Tiens! Regardez qui voilà.

Comment s'est passée la pêche

aujourd'hui?

Je vois que vous ne rapportez

pas un seul poisson.


AGENTE FÉDÉRALE

Je les pêche

et je les relâche.

Je peux voir le menu,

s'il vous plaît?


FATIMA

On verra.


AGENTE FÉDÉRALE

C'est à cause de l'histoire

de service secret? Je vous ai

dit que je prenais des vacances.


FATIMA

Une espionne

dirait la même chose.


AGENTE FÉDÉRALE

Ah, mais je suis pas là

pour espionner.

Écoutez, si un dentiste

venait en vacances ici,

vous croyez qu'il passerait

son temps à regarder vos dents?


FATIMA

Non! J'ai toujours eu

une excellente hygiène buccale.

Mais, bien sûr, je suis prête

à parier que vous le savez déjà.


L'AGENTE soupire. FATIMA retourne derrière son comptoir où AMAAR lit un journal.


AMAAR

Qu'est-ce qui

se passe, Fatima?


FATIMA

C'est une espionne.

Elle travaille au SICS.


AMAAR

C'est incroyable. Qui vous

a dit qu'elle y travaillait?


FATIMA

Eh bien, c'est elle.


AMAAR

Si c'est une espionne,

elle n'est pas très douée.

Elle vous a dit ce qu'elle

venait faire?


FATIMA

Pêcher. C'est ce qu'elle dit.

Manifestement, elle est là

pour espionner la mosquée.

C'est ce qu'ils font tous.


AMAAR

Mais je l'ai pas vue

près de la mosquée.


FATIMA

Exactement!

Elle est très forte.


AMAAR

J'aimerais vous

demander quelque chose.

J'ai engagé Rayyan

pour travailler à la boutique.


FATIMA

Vous avez engagé Rayyan?


AMAAR

Oui. Pourquoi vous

répondez sur ce ton?


FATIMA

Quand elle travaillait ici,

c'était un vrai tyran.


AMAAR

Je comprends pas.

Généralement, elle est gentille.


FATIMA

La caisse enregistreuse

est une arme redoutable

entre de mauvaises mains.

Elle peut rendre

n'importe qui fou de pouvoir.


AGENTE FÉDÉRALE

Excusez-moi, je peux avoir

un menu oui ou non?


FATIMA

Non!


SARAH est de retour au travail à la mairie. Elle discute avec ANN, la mairesse.


SARAH

J'ai toujours pensé

que travailler chez soi

était une mauvaise idée,

mais ça semble

bien marcher pour Yasir.

En plus, il m'a préparé

un dîner grandiose.

Il semble détendu.

Je sais pas trop,

ça me donne presque envie

de travailler chez moi.


ANN

Vous me racontez ça

pour que je vous laisse

travailler chez vous?


SARAH

Je peux travailler chez moi?


ANN

Non.


SARAH

Ah, s'il vous plaît!

Je parie que ça ferait faire

des économies.


ANN

Absolument pas.

J'ai besoin de mon personnel

à côté de moi

pour l'avoir à l'oeil.


SARAH

Ça, c'est dommage parce que

vous venez de signer des papiers

disant que je pouvais

travailler chez moi.


ANN

Ça ne marche pas comme ça.

Ce n'est pas parce que je signe

quelque chose sans regarder

que c'est du béton.

C'est pas mash ici.


SARAH

Bien. Allons voir ce qu'en dit

la commission d'évaluation.


Texte narratif :
18 heures plus tard


ANN et SARAH sortent d'un bureau gouvernemental.


ANN

D'accord...

Donc, quand je signe un bout

de papier sans le regarder,

les conséquences

sont en béton et irréversibles.


SARAH

Hum-hum.


ANN

Vous avez votre télétravail.


SARAH

Et une augmentation.


ANN

Vraiment?


SARAH

Vous avez signé

des tas de papiers.


ANN fait un air découragé.


L'AGENTE FÉDÉRALE est assise au comptoir du café de FATIMA. AMAAR est assis quelques sièges plus loin. FATIMA s'approche d'AMAAR.


FATIMA

Elle mijote un truc.

Nous sommes sa cible.


AMAAR

D'accord, ça devient stupide.

Je vais lui parler.

(S'approchant de l'AGENTE)

Bonjour, je suis Amaar.


AGENTE FÉDÉRALE

Woah!

C'est très flatteur,

mais j'avoue que je cherche pas

de «flacances» pour l'instant.

Flirt de vacances.


AMAAR

Mon amie Fatima pense

que vous nous espionnez.


AGENTE FÉDÉRALE

Oh? Pourquoi

j'espionnerais un café?


AMAAR

Non, non, la mosquée.


AGENTE FÉDÉRALE

Vous avez une mosquée ici?


AMAAR

Oui. Je suis l'imam.


AGENTE FÉDÉRALE

Mais vous n'avez pas de barbe.


AMAAR

On me le fait

très souvent remarquer.


AGENTE FÉDÉRALE

Vous n'avez pas

à vous en faire,

je doute que vous soyez

dans le collimateur.


AMAAR

Bon!

Comment ça?


AGENTE FÉDÉRALE

C'est pas un secret,

le gouvernement surveille

certaines mosquées,

mais elles sont

en général bien plus grosses

et dirigées par des pros

dans de grandes villes.

De vraies mosquées.


AMAAR

Nous avons 30 membres.


AGENTE FÉDÉRALE

Pour un foyer d'agitation,

il faut être 40.


AMAAR

À 30, on peut être agité.


AGENTE FÉDÉRALE

Non, pas du tout.

C'est la règle.

30, c'est un terrain propice.


AMAAR

Oh! On pourrait être

un terrain propice?


AGENTE FÉDÉRALE

Les extrémistes

sont souvent fascinés

par des leaders

charismatiques et intenses.

Alors... pas de soucis.


L'AGENTE sort du café.


FATIMA

(S'adressant à AMAAR)

Qu'est-ce que

vous avez découvert?


AMAAR

Que je manquais de charisme.


FATIMA

Il faut que ce soit

une espionne qui vous le dise?


RAYYAN entre à la boutique de la mosquée très animée. BABER s'occupe de servir les clients.


BABER

Merci.


RAYYAN

Oh, qu'est-ce qui se passe?


BABER

Rien. C'est comme

à chaque fois.


RAYYAN

Oh. Je vois

ce qui se passe ici.

En fait, les gens ne veulent pas

acheter à une femme.

(Circulant parmi les clients)

Quelle horrible bande

de machistes.

Vous croyez faire

bouger les choses

et quelque chose

comme ça se... produit.


RAYYAN arrive au comptoir où LEYLA, la fille de BABER, tirent la caisse.


LEYLA

Salut, Rayyan.

Tu veux quelque chose?


BABER

Elle m'a remplacé.


RAYYAN

Un paquet de flix,

s'il te plaît.


Le lendemain matin, SARAH prend son petit-déjeuner avec YASIR.


SARAH

Mon premier jour de travail

à domicile. C'est très agréable.

On travaille

l'un près de l'autre,

on s'entraide quand les choses

deviennent compliquées...


YASIR

Et on prend

un solide petit-déjeuner.


SARAH

C'est le repas le plus

important de la journée.

C'est bon pour la productivité.


La table est pleine de victuailles.


YASIR

Tout est un problème

de productivité.


RAYYAN arrive dans la cuisine.


RAYYAN

Qu'est-ce qui se passe ici?


SARAH

On prend notre petit-déjeuner.

Tu te joins à nous?


RAYYAN

Il est midi.

Je rentre pour déjeuner.


YASIR

Oh, on a fait

une petite grasse mat'.


SARAH

La productivité repose

sur une bonne santé.


YASIR

Une belle quiche.


SARAH

Oh, je peux goûter

à tes petits cakes?


RAYYAN visite AMAAR à son bureau de la mosquée.


RAYYAN

(Propos en langue étrangère)

Assalamu alaykum.


AMAAR

(Propos en langue étrangère)

Wa alaykum salam.

Est-ce que vous diriez

que je suis un leader

charismatique intense?


RAYYAN

Euh... Oui, bien sûr.

De quoi vous vouliez me parler?


AMAAR

Voilà.

J'ai bien réfléchi...

On devrait engager quelqu'un

pour faire votre tour de garde

à la boutique.


RAYYAN

C'est tellement machiste.


AMAAR

Non, pas du tout.

C'est parce que vous n'avez

aucune aptitude pour ça.

C'est «aptitudiste.»


RAYYAN

Oh... D'accord, très bien.

Je me suis peut-être montrée

un peu dure avec des gens,

mais j'ai un plan... Bonbons!


AMAAR

Vous n'allez pas distribuer

des bonbons à la mosquée?


RAYYAN

Si.

Des bonbons halal.


AMAAR

Ah, d'accord.


RAYYAN

Je vais mettre une étagère

de bonbons et je la comblerai

avec des sucreries

non gélatineuses

respectueuses des

préceptes islamiques.


AMAAR

Oh. On croirait presque

que c'est fun.


RAYYAN

Oh, mais ça l'est!

Et là, tout le monde m'aimera

enfin parce que c'est moi

qui aurai apporté

les bonbons à la mosquée.


AMAAR

Très bien!

Vous avez ma permission.


RAYYAN

Chouette! Parce que

le camion arrive aujourd'hui.


AMAAR

Parfait! Vous anticipez

mes ordres...

Parce que je suis un leader

charismatique intense.


RAYYAN

Un quoi?


AMAAR

Je viens d'en parler.


RAYYAN

Je devais pas écouter.


AMAAR et BABER sont ensemble au comptoir du café de FATIMA. L'AGENTE FÉDÉRALE entre.


FATIMA

C'était surprenant.


AGENTE FÉDÉRALE

(Montrant une photo)

Regardez ça: des poissons.


AMAAR

C'est vous

qui les avez pêchés?


AGENTE FÉDÉRALE

Non, je suis passée au marché

et je les ai apportés près

du lac pour faire la photo.


BABER

Pourquoi vous avez fait ça?


FATIMA

Vous les avez mangés?


AGENTE FÉDÉRALE

Non, c'est pas

la question de les manger,

c'est l'excitation de la chasse.

Comme quand je viens ici

et que j'essaie d'être servie.


L'AGENTE s'éloigne pour choisir une table.


FATIMA

Peut-être qu'elle va bien

à la pêche.


AMAAR

Bien entendu.

Comme elle a dit,

on est bien trop minus

pour les inquiéter.

Elle ne pouvait que dire ça.


FATIMA

Comment ça?


AMAAR

Elle en rajoute beaucoup trop.

Entre nous, vous pourriez

avoir raison, Fatima.


FATIMA

Je n'ai rien dit du tout.


AMAAR

Mais vous avez raison.

Vous savez ce qu'elle a dit?

Notre mosquée est trop petite

pour être un foyer d'agitateurs.


BABER

Elle a dit ça? On pourrait

très bien en être un.


AMAAR

À vous seul,

vous pourriez en être un.


BABER

Mais si c'est une espionne,

on devrait pas aller dans les

toilettes et faire couler l'eau?

Il pourrait y avoir un micro

dans les pots de fleurs.


FATIMA

Qu'est-ce qu'on devrait faire?


AMAAR

On n'a rien à cacher.

On va l'emmener à la mosquée

et lui montrer

qu'on ne mijote rien.

Bien qu'on pourrait

le faire facilement.


BABER

Sa chaussure a probablement

un laser.


AMAAR

Quoi?


BABER

Si c'est une espionne,

tout ce qu'elle a

est forcément autre chose.

Sa montre projette

des fléchettes.

Les boutons de sa veste

sont empoisonnés.


AMAAR

Vous savez, Baber,

c'était une bonne idée

d'aller aux toilettes

et de faire couler l'eau.


BABER

J'y vais tout de suite.

Chut...


AMAAR

On va lui faire visiter.


FATIMA

Chaque fois qu'on fait

visiter la mosquée,

ça tourne à la catastrophe.


AMAAR

C'est arrivé

trois fois seulement.


AMAAR et FATIMA regardent vers l'AGENTE qui les salue timidement.


AMAAR

Attention... Je parie

qu'elle lit sur les lèvres.


SARAH et YASIR sont toujours en pyjama et regardent la télévision en mangeant des raisins. RAYYAN rentre à la maison.


RAYYAN

Vous n'êtes

toujours pas habillés?


YASIR

Bonjour, chérie.


RAYYAN

Vous avez passé

une bonne journée?


YASIR

Oui, j'ai adoré.

Très relaxante.


SARAH

Très productive.


RAYYAN

Je n'avais jamais vu des gens

se donner des raisins à manger.


YASIR

Bien oui,

on a fini tout le melon.


RAYYAN

(Reniflant)

C'est quoi cette odeur?


SARAH

L'eucalyptus.


RAYYAN

Oh... Ça sent comme si

un koala avait vomi ici.


SARAH

Ton père m'a fait un massage.

Deux fois.


YASIR

Oui. Le deuxième,

c'était une surprise.


RAYYAN

D'accord...

C'est magnifique... C'est...

C'est magnifique de voir

mes parents aussi amoureux.

Excusez-moi.


SARAH

Il reste de la quiche.


RAYYAN

Non merci, j'ai l'estomac

tout retourné.


Devant la mosquée, une camionnette est stationnée. Depuis la fenêtre, BABER et FATIMA observent la camionnette par une fente dans le rideau.


BABER

J'ai vu des films.

Ça, c'est un camion d'espion.

Ma main à couper.


FATIMA

Il y a écrit «Bonbons».


BABER

Ahan!

Il est bourré de micros

et d'espions

qui boivent le café

dans des gobelets en papier.

L'un d'eux s'appelle «Chef».


FATIMA

Chef?


BABER

Rien n'est jamais

ce que l'on croit.

Et ce camion

peut devenir un bateau

ou un hovercraft

en une fraction de seconde.


FATIMA

Tu racontes n'importe quoi.


BABER

Si c'est un camion de bonbons,

alors pourquoi ils ne livrent

pas leurs bonbons?


Dans le camion, deux hommes sont assis dans la cabine.


CHAUFFEUR

Toujours occupée.

J'arrive pas à joindre

le dénommé «Rian»

qui a passé commande.


AUTRE HOMME

Rayyan. Le type s'appelle

Rayyan. Rappelle-le.


Le CHAUFFEUR rappelle. Le téléphone de RAYYAN vibre sur le comptoir de la cuisine, chez les HAMOUDI. Toute la famille est assise à table.


RAYYAN

J'ai l'impression

que j'oublie quelque chose.


YASIR

Un morceau de quiche, chérie?


RAYYAN

C'est délicieux.


SARAH

Je suis ravie que tu aies

retrouvé ton appétit.


RAYYAN

Oui, mais si vous

n'arrêtez pas de vous faire

du pied sous la table,

je vais perdre la boule.


YASIR

Dommage.


AMAAR discute avec l'AGENTE FÉDÉRALE au café de FATIMA.


AGENTE FÉDÉRALE

Pourquoi j'irais avec vous

visiter votre mosquée?

Je suis pas en service.


AMAAR

Je sais, mais venez voir

quand même.

On n'a rien à cacher.


AGENTE FÉDÉRALE

Bon, je vous crois

volontiers. Sincèrement,

je suis totalement convaincue

qu'il n'y a rien à voir là-bas.


AMAAR

Oui, mais voir c'est croire.


AGENTE FÉDÉRALE

Vraiment? Parce que croire,

c'est croire aussi.

Et c'est bien plus rapide.


AMAAR

Allons, vous avez dit

qu'il n'y avait rien là-bas.

Alors, une visite,

ça devrait pas être long.


AGENTE FÉDÉRALE

D'accord, si j'y vais,

vous promettez de me lâcher

un peu pour que je profite

du reste de mes vacances?


AMAAR

Vous avez ma parole. Et...

Vous savez que ma parole

est de l'or pur!


AGENTE FÉDÉRALE

Je suis désolée, essayez-vous

d'être charismatique?


AMAAR

Charismatique et intense.


AGENTE FÉDÉRALE

Zéro pour les deux.


Le camion de livraison est toujours devant la mosquée. Le CHAUFFEUR tente toujours de rejoindre RAYYAN au téléphone. BABER frappe dans la vitre côté passager.


AUTRE HOMME

Oui?


BABER

Comment vous pouvez faire ça?


AUTRE HOMME

Quoi?


BABER

Vous devriez avoir honte.

Nous sommes de braves gens,

bons, innocents,

travaillant dur et humblement.


CHAUFFEUR

C'est vous, «Rian»?


BABER

N'essayez pas de me parler

en phrases codées, mon vieux.

Je sais ce qui se passe ici.


AUTRE HOMME

Vous pourriez nous le dire?


BABER

Vous devriez avoir honte.

Nous sommes comme vous,

nous avons des enfants.


AUTRE HOMME

Moi, j'ai pas d'enfants.


CHAUFFEUR

C'est difficile de trouver

la fille idéale.

Parfois, mes standards

sont trop élevés.


AUTRE HOMME

Suzanne est très bien pour

toi. Pourquoi tu la repousses?


CHAUFFEUR

Oui, mais on est très--


BABER

Ça suffit! Dégagez d'ici!

Je vous ordonne de filer.


AUTRE HOMME

Bien, on a--


BABER

Ouste, ouste, ouste!


CHAUFFEUR

On y va.

On a des chewing-gums à livrer.


BABER

Quand on veut régler

quelque chose,

on appelle Baber. Han!


YASIR et SARAH profitent de la belle journée en faisant du pédalo sur le lac.


SARAH

Tu crois que le fait

qu'on travaille à la maison

affecte notre productivité?


YASIR

Non... Ah, peut-être un peu.

Il faudrait vérifier

les chiffres.


SARAH

C'est difficile pendant

cette balade romantique.


YASIR

Du raisin?


Un vacancier passe en pédalo tout près.


VACANCIER

Il y a des hôtels pour ça!


À la boutique de la mosquée, une dizaine de clients attendent devant le comptoir. RAYYAN tente de les contenir.


CLIENT

Où sont les bonbons?

On nous a dit qu'il y avait

des bonbons ici.


CLIENTE

Les enfants sont désespérés.


RAYYAN

Je suis persuadée

que le livreur

va arriver d'une minute

à l'autre maintenant.

Les enfants pourraient

regarder les brochures?


CLIENT

N'y allez pas,

c'est une arnaque!

Elle fait exprès pour

nous faire acheter autre chose.


BABER

(Entrant dans la boutique)

Qu'est-ce qui se passe ici?


RAYYAN

On attend le camion de bonbons.


BABER

C'est pas la peine,

je l'ai renvoyé.


Les clients réagissent.


RAYYAN

Quoi?


BABER

Vous pouvez parler librement,

ils ne reviendront pas.


C'est la consternation chez les clients.


RAYYAN

Je vois.

J'ai enfin pu faire venir

les gens pendant mon service

et tu fais tout

pour saper mon travail!

Tu es vraiment prêt à tout

pour gagner, Baber.


BABER

Mais de quoi tu parles?


CLIENTE

Oui, on voudrait bien savoir

de quoi vous parlez.


CLIENT

Ne lui dit rien.

Elle essayera de te vendre

une horloge de prières.


CLIENTE

Ah, bien c'est ça,

oui, parlez-en.


AMAAR fait visiter la mosquée à l'AGENTE FÉDÉRALE.


AMAAR

Et ici, c'est l'entrée.

Rien d'infâme, bien sûr.


Derrière AMAAR, dans la boutique, les discussions sont vives.


AGENTE FÉDÉRALE

Ni d'intéressant.

(Pointant le groupe dans la boutique)

C'est quoi ça?


CLIENT

Baber nous raconte

n'importe quoi!


AMAAR

La boutique de la mosquée.

Toutes les vraies mosquées

en ont une.


AGENTE FÉDÉRALE

Pourquoi il y a

tellement de monde?


AMAAR

Les gens aiment la boutique.

Mon charisme.


HOMME

Je peux te le faire avaler!


AGENTE FÉDÉRALE

Les fonds que

vous récoltez ici, ils vont où?


AMAAR

Oh, on n'a pas encore décidé.


AGENTE FÉDÉRALE

Oh. Voilà qui est

très étrange.


Quelque temps plus tard, des agents fédéraux saisissent tout le matériel de la boutique.


AGENTE FÉDÉRALE

Vérifiez que les murs

ne sont pas creux

et regardez bien

derrière les étagères.


Dans le couloir de la mosquée, AMAAR, RAYYAN et FATIMA guettent les agents qui fouillent aussi partout dans le bureau d'AMAAR.


RAYYAN

C'est très propre derrière.

J'ai tout nettoyé.


FATIMA

Une autre visite,

un autre désastre.


AMAAR

C'est pas vraiment une visite.

Elle a demandé des renforts

avant qu'on ait franchi l'entrée.


RAYYAN

Je suis vraiment désolée,

Amaar.


AMAAR

Vous plaisantez?

Toutes les vraies mosquées

sont fouillées.

(Levant le poing)

On est reconnu!


Un agent saisit le bras d'AMAAR.


AGENT

Ne levez pas votre poing

comme ça, monsieur.


AMAAR

Oui. Pardon.

Désolé.


FATIMA est outrée.


Chez les HAMOUDI, SARAH et YASIR lisent dans le salon. RAYYAN entre au salon et trouve ses parents assis à bonne distance l'un de l'autre.


RAYYAN

C'est curieux.


SARAH

Quoi donc?


RAYYAN

Vous n'êtes pas accrochés l'un

à l'autre comme des adolescents.


YASIR

Qu'est-ce qu'il y a de mal

à s'accrocher l'un à l'autre?


RAYYAN

Rien, sauf quand

c'est vos parents.


SARAH

Travailler à la maison,

ça marche pas pour nous.


YASIR

Non.


RAYYAN

La productivité baisse.


YASIR

Ah, je reconnais

que j'ai pris du retard

sur deux ou trois projets,

mais j'ai perdu le client.

Donc, tout s'arrange.


RAYYAN

Eh bien, si tu cherches

un endroit pour un bureau,

je connais la boutique

d'une certaine mosquée

qui vient de fermer.


SARAH

Qu'est-ce qui s'est passé?


RAYYAN

Le SICS a débarqué.


SARAH

Si tu ne veux pas répondre,

t'as qu'à le dire.


YASIR

Et si je lançais un ultimatum

au révérend McGee?


YASIR rapporte ses cartons dans le local de la mosquée et reprend sa place dans son bureau.


RÉVÉREND MCGEE

Merci pour ce compromis,

Yasir. Reprenez votre clé.


YASIR

Mon porte-clés des chutes

du Niagara!


RÉVÉREND MCGEE

Vous y êtes allé quand?


YASIR

Il y a dix ans.


Devant la mosquée, un camion de fleuriste est stationné. Les voix filtrées par un micro émanent du camion.


RÉVÉREND MCGEE

(Voix filtrée)

Côté canadien ou américain?


YASIR

(Voix filtrée)

Canadien.


Dans le camion, l'AGENTE écoute les conversations de YASIR et du RÉVÉREND.


RÉVÉREND MCGEE

Ah, la vue y est plus belle.


YASIR

C'est ce qu'on dit, mais j'ai

jamais été du côté américain.


RÉVÉREND MCGEE

La vue est sûrement géniale

des deux côtés.


YASIR

C'était un peu nuageux.

On s'est pas régalé.


RÉVÉREND MCGEE

Vous savez ce qu'il faut faire

quand c'est nuageux?


YASIR

Non.


RÉVÉREND MCGEE

Faut aller au musée de cire.


YASIR

Oh...


RÉVÉREND MCGEE

Attendez de voir Ringo Star.


AGENT

(S'adressant à l'AGENTE)

Ce que ça peut être barbant.


AGENTE FÉDÉRALE

Et dire que j'ai arrêté

mes parties de pêche pour ça.


DEUXIÈME AGENT

Vous allez la boucler,

tous les deux?


AGENTE FÉDÉRALE

Pardon Chef.


Générique de fermeture

Épisodes de La Petite Mosquée dans la prairie