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L'étrange français du Japon : Le franponais

Au Japon, le français est devenu un outil de marketing. La langue est utilisée à toutes les sauces, et ça peut donner des résultats assez étranges. Des devantures de magasins, des produits alimentaires et des marques de vêtements arborent des noms francophones, souvent absurdes. Un français maladroit nommé franponais. Est-ce le résultat de mauvaises traductions? Et pourquoi cette obsession des Japonais avec la langue de Molière? Le journaliste Étienne Fortin-Gauthier explore le phénomène.



Réalisateurs: Etienne Fortin-Gauthier, Andréanne Baribeau
Année de production: 2019

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Des images de commerces aux noms français de la ville de Tokyo au Japon défilent: «Love merci», «Acmé de la vie», et «La parler».


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER marche dans une rue de Tokyo et s'adresse au public de l'émission.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Au Canada, on est habitués

aux mauvaises traductions

de l'anglais au français.

Mais au Japon, ça existe

aussi et c'est encore

le français qui en est victime.


Titre :
ONFR+ Nomade


Des images de Tokyo vue à vol d'oiseau défilent.


ÉTIENNE marche dans une rue de Tokyo et s'adresse au public de l'émission.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

À Tokyo étonnamment, c'est

un peu le festival du français

sur les devantures de commerce,

mais on comprend pas toujours

de quoi il est question.


Des images de différentes enseignes de commerces défilent, soit: «Chez Fleur», «Ville Marché», «Reconnel», «Bar à salade Parisien Citron».


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

(S'adressant au public de l'émission)

On peut par exemple aller

au Café de Crié ou encore

déguster un Salon de Look

ou un mille-feuillet.

Il faut pas non plus oublier

la célèbre boulangerie

La Maison du Beurre.


Des images des enseignes des commerces nommés par ÉTIENNE défilent.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Sinon, on peut s'acheter

des souliers chics à Talon Plus,

ou encore habiter dans

un immeuble qui se nomme

Belle Face ou my plasir.

Ce mauvais français a un nom:

le franponais. On parle pas de

simples mauvaises traductions,

mais plutôt de mots mis ensemble

qui ont pas vraiment de liens.


Différentes images défilent: un commerce de jus, portant le nom «Jus de cœur», une boîte de biscuits au nom «Rasucré», un chandail portant l'imprimé «La nuit étoilet» sur une première ligne et «, Arles» sur la deuxième ligne, un emballage de perruque qui porte le nom «cheveux ensembles», une boutique dont le nom est «Comme ça store», une enseigne lisant «Ma maison privée de rêves, depuis 2009».


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Parfois, on ajoute aussi des

accents à des mots en anglais.

Le résultat est rigolo, absurde,

parfois assez surréaliste.


ÉTIENNE rencontre ALEXANDRE MARTIN dans une rue de TOKYO.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Alexandre Martin connaît bien

le phénomène. En amour avec le

Japon, il a été traducteur pour

la Ville de Yokohama au cours

des trois dernières années.


ALEXANDRE MARTIN témoigne.


ALEXANDRE MARTIN

Je me rappelle, j'ai déjà

été manger dans un restaurant

français assez haut de gamme

quand même et j'ai demandé

de voir la carte des vins.

Et sur la carte des vins,

le titre, c'était Vins du cave.

Mettre le français sur

un produit, ça sonne

exotique, ça sonne prestigieux,

et donc, bien, c'est une

question de marketing.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Il croit que les différences

dans la construction

des phrases en japonais

peuvent notamment expliquer

ces bizarreries linguistiques.


ALEXANDRE MARTIN pointe différentes enseignes.


ALEXANDRE MARTIN

Pas obligé d'avoir un sujet

en japonais. Alors, des fois,

quand tu trouves une phrase

sans sujet, puis tu mets ça dans

Google Translate, bien, ça peut

faire des trucs assez aberrants.

Beaucoup de choses en japonais

vont dépendre du contexte.

La phrase peut avoir deux,

trois sens différents

et Google Translate

connaît pas le contexte.


ÉTIENNE marche dans une rue de Tokyo et s'adresse au public de l'émission.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Il faut quand même dire

que le franponais, c'est pas une

langue parlée.


Des images de différentes enseignes défilent: «Shoo-la-rue», une boutique de vêtements, «musée de peau», une boutique de cosmétiques, «Salon de Mon Scène», «Adieu tristesse» et «mercibeaucoup,» des boutiques de vêtements.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

C'est seulement

une langue écrite qu'on voit

un peu partout donc à Tokyo

et ailleurs au Japon. Mais il y

en a tellement que certains

touristes ont commencé une sorte

de chasse au trésor pour tenter

de trouver les pires exemples

un peu partout dans le pays.


Des images de photos de franponais défilent sur instagram.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Sur Instagram, il y a des

centaines, des milliers de

photos. Et il y a également

un livre,

L'anthologie

du franponais, qui a été

édité à trois reprises et

qui regroupe le pire du pire.


Des images de Tokyo, le soir, défilent.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Pour comprendre cette obsession

pour le français, direction

le bar Bonjour Tokyo.

C'est jeudi soir, une soirée

très prisée par des Japonais.


Au bar Bonjour Tokyo, ÉTIENNE rencontre JULIEN TIRODE, le patron du bar.


JULIEN TIRODE

Ça va bien?


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Oui, ça va bien. Et toi?


JULIEN TIRODE

Super bien. Qu'est-ce

que je te sers?


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER (Narrateur)

Julien, c'est le patron de ce

bar tout francophone de Tokyo.


JULIEN TIRODE

Même moi personnellement, sur

Facebook, j'ai deux albums de

1000 photos chacun de franponais

que j'ai collectionné dans

Tokyo rien qu'en me baladant

en random. J'ai vu des trucs.

Un de mes magasins préférés,

c'est Frivole Cocue. Mais

Frivole Cocue! Je veux dire…


JULIEN rigole.


Des images de la clientèle du bar défilent.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER (Narrateur)

Ces clients japonais

viennent au bar, car ils sont

en amour avec le français. Les

Japonais adorent cette langue.


Au bar, une femme japonaise parle en français avec un fort accent japonais.


FEMME

Le français est une… belle

langue. Oui. La prononciation

est très belle. Pour les

Japonais, c'est difficile,

mais oui. C'est très, très beau.


Un autre homme japonais du bar témoigne, avec un accent beaucoup moins prononcé que la femme.


HOMME

Certainement sexy,

sophistiqué, stylé.


Un autre homme témoigne.


HOMME 2

Toujours avec l'image

de [langue_etrangere=EN]fashion,[/langue_etrangere] amour.

Le premier homme témoigne de nouveau.


HOMME 1

Les mots en anglais et

en français sont considérés

un peu comme ce qu'on appelle

des [langue_etrangere=EN] fashion statements.[/langue_etrangere]

Des images de SUMIHIKO SETO défilent.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER (Narrateur)

La nuit a été un peu courte,

mais là, j'ai rendez-vous avec

le professeur Sumihiko Seto.

On se rencontre devant le

restaurant français à Ta Gueule.

Probablement l'un des exemples

de franponais les plus extrêmes

qu'on peut trouver au Japon.


SUMIHIKO SETO

C'est pire. Pire.

Même au Japon peut-être.

C'est le pire des cas.


ÉTIENNE interview SUMIHIKO SETO.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER (Narrateur)

L'ancien diplomate a vécu

au Canada et en France.

Il travaille à rapprocher

son pays de la Francophonie,

mais il se bute à une image

romancée du français, et

particulièrement de la France.


SUMIHIKO SETO

Pour beaucoup de Japonais

qui ne sont jamais allés en

France, ils gardent encore

des images un peu faussées

encore, toujours encore.

Oui. Des images romantiques,

des images de haute couture.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER (Narrateur)

Il croit toutefois que le

franponais est un hommage à la

langue française et qu'il faut

pas voir ça comme une insulte.


SUMIHIKO SETO

Pour nous, juste donner

un nom qui a la connotation d'un

pays qui est la France, c'est

déjà beaucoup, je pense, oui.


ÉTIENNE s'adresse au public de l'émission.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Cette obsession pour

le français peut paraître

assez banale, mais elle a des

conséquences insoupçonnées.

Parce que lorsque les Japonais

visitent finalement la France,

ils vivent bien souvent un choc

majeur.


Des images de Paris défilent.


ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER

Le psychiatre japonais

Hiroaki Ota a même nommé

le phénomène le syndrome

de Paris. Certains tombent

en dépression, parce que

Paris, tout Paris, ne ressemble

pas à un film d'Amélie Poulain.

Mais fait étonnant, le contraire

existe aussi, le syndrome

de Tokyo, où là, ce sont

des Français qui vivent

une désillusion en

visitant le Japon.


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