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Vidéo transcription

Daniel Lessard : Anecdotes d'un journaliste

À titre de chef de bureau sur la colline Parlementaire, Daniel Lessard a suivi les premiers ministres du Canada Pierre Elliott Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien dans leurs déplacements à travers le monde. Quel type de relation un journaliste occupant ce poste développe-t-il avec le chef du gouvernement? Comment ces hommes politiques agissent-ils avec les journalistes qui les accompagnent? Racontant quelques anecdotes de sa très longue carrière, Daniel Lessard dépeint certaines caractéristiques de leur personnalité.



Réalisateur: Caroline Leal
Année de production: 2015

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Titre :
TFO 24.7


Titre :
Anecdotes d'un journaliste


DANIEL LESSARD, journaliste et ex-chef de bureau parlementaire est assis sur le Divan et raconte.


Tout au long de la capsule, des photos d'archives défilent pour ponctuer les propos ou pour les illustrer.


DANIEL LESSARD

Je suis arrivé sur la colline

parlementaire en 1979. Les

élections, réélection, retour

de Pierre Elliot Trudeau. Et

à partir de là, je me retrouve,

du jour au lendemain, pour

des raisons que je vous

expliquerai pas, chef de bureau.

Un chef de bureau,

principalement, suit le premier

ministre du Canada partout où

il va. S'il va en Chine, s'il va

en Asie, s'il va à Baie-Comeau,

à North Battleford en

Saskatchewan, tu y vas aussi.

J'ai suivi le premier ministre

Trudeau pendant tout son dernier

mandat. Rapatriement de la

Constitution et sa mission

de paix. J'ai fait un premier

tour du monde avec Pierre Elliot

Trudeau. Arrive Brian Mulroney.

J'ai couvert les neuf années et

deux mandats de Brian Mulroney.

Encore là, plein d'événements

importants: Meech,

Charlottetown, la TPS,

le libre-échange avec les

États-Unis. Et j'ai fait ça

aussi jusqu'aux deux premières

années de Jean Chrétien,

avant de devenir chef

de bureau, animateur à RDI.

La relation avec un premier

ministre, c'est avant tout une

relation professionnelle. C'est

très rare que tu peux établir

une relation dite d'amitié avec

un premier ministre. Ils ne vont

jamais jusque-là, et toi,

tu ne veux pas aller

jusque-là non plus.

La première fois que je suis

allé à une conférence de presse

du premier ministre Trudeau,

le père m'a dit: "Pose-lui

une question pour qu'il te

connaisse, qu'il sache qui tu

es. Ça va être bon pour la suite

des choses." Je pose ma question

qui était pas très lumineuse,

je l'avoue. Et là, il me regarde

et il me dit, comme ça:

"Connaissez-vous Léon Blum?"

Je savais vaguement que c'était

un syndicaliste, un écrivain

de gauche, français, mais je le

connaissais pas du tout. Je me

suis dit: Si je dis oui, il va

me poser une question, je saurai

pas la réponse, j'aurai l'air

niaiseux, et si je lui dis non,

je vais avoir l'air niaiseux

aussi. Alors, je ferme ma boîte.

Là, il me regarde. Ça m'a paru

une heure, mais sur la cassette

après, ça durait sept secondes.

Il s'est levé et il a dit:

"Au suivant." Alors, c'était mes

débuts avec Trudeau. On savait

tous qu'il n'aime pas beaucoup

les journalistes. Il était

revenu pour sauver le Canada.

Il était là uniquement pour un

mandat. Il avait rien à perdre.

Il se foutait de nous carrément.

Et, moi... Chaque fois qu'il y

avait une conférence de presse,

j'y posais ma question même si

il trouvait ça pas intéressant.

Mais il m'a toujours répondu

par la suite. Mais j'ai jamais

senti qu'il avait pour moi

une profonde admiration.

Et pour aucun des journalistes

qui travaillaient avec

nous, à ce moment-là.

Brian Mulroney a été ma période

faste parce que pendant neuf

ans, j'ai côtoyé beaucoup

Brian Mulroney. Avec Mulroney,

la seule difficulté, c'est qu'il

était très rancunier. Il aimait

beaucoup qu'on l'aime. Mais

quand on faisait un reportage

qu'il aime pas, il nous

le faisait savoir et pas à peu

près. Dans chacun des points

de presse, il lançait presque

tous les jours... C'est

toujours lui qui désignait les

journalistes qui devaient poser

des questions qui pouvaient

poser des questions, et j'étais

toujours un des deux premiers.

Moi ou le journaliste de CBC.

J'avais toujours droit à ma question.

Des fois deux, même

parfois trois, ce qui faisait

rager les autres, mais bon.

J'avais toujours, parce que

Mulroney aimait passer à la télé

et il savait que s'il répondait

à mes questions, il passerait

à la télé, le soir.

Sauf que quand tu faisais

un reportage qu'il aimait pas,

il boudait et là, tu ne pouvais

plus lui poser de questions. Ça

pouvait durer deux jours, deux

semaines. Ça a déjà duré trois

mois. Un reportage qu'il avait

vraiment pas aimé, et il me

l'avait fait savoir très clairement.

Jean Chrétien, c'était le

politicien "politicien". Il

disait des fois, Jean Chrétien:

"Moi, j'ai pas besoin de lire

2000 pages de documents.

Quand je sors du 24, Sussex,

le matin, je mouille mon doigt,

je le mets en l'air. Je sais d'où vient

le vent et je sais ce que j'ai

à faire. Je nomme des ministres.

S'ils font pas leur job, je vais

les remplacer." Quand il aimait

pas, et c'est arrivé, moi,

une histoire spectaculaire

d'un piano. J'avais fait un

reportage où je m'étais trompé,

et bon, je m'étais excusé, mais

il avait été furieux, féroce. Il

m'avait engueulé comme c'était

pas possible. Mais une fois

que c'était fini, il passait

à autre chose.

C'est une carrière au-delà

de mes espérances.

Ce que j'ai aimé le plus, c'est

que un: ça m'a fait découvrir,

dans un premier temps,

le Canada. Deuxièmement, ça m'a

permis de faire le tour du

monde, ce que j'aurais jamais

fait par moi-même. Je suis allé

au Bangladesh, par exemple, au

Zimbabwe. Tu sais, il y a pas

grand touristes qui vont là.

On était un très petit groupe

de reporters dits "seniors",

et c'était quelque chose

d'exceptionnel. Il y a toujours

des gens derrière toi qui

auraient bien voulu avoir ton

job, donc il fallait toujours

que tu gardes un oeil derrière

toi, mais je peux pas dire qu'il

y a eu des tentatives démesurées

pour me poignarder dans le dos.


DANIEL LESSARD se lève et quitte le studio.


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