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TFO 24.7

TFO 24.7, le nouveau regard francophone. Un magazine qui divertit, informe et commente les découvertes sociales et culturelles de notre francophonie canadienne. TFO 24.7 met à l'avant-scène les artisans, les artistes, les jeunes, les entrepreneurs, les leaders et toutes celles et ceux qui font vibrer notre francophonie d'un bout à l'autre du pays. Reportages, chroniques, entrevues, humour, opinions, une émission qui pose un regard authentique sur notre identité franco-canadienne.

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Vidéo transcription

120 BATTEMENTS PAR MINUTE : Lutte contre le sida dans les années 90.

Au début des années 1990, le sida se propage depuis près de dix ans. Les militants d’Act Up-Paris s´activent pour lutter contre l’indifférence générale.

Au Canada également la lutte s´organise avec des associations comme AIDS ou AIDS ACTION NOW!.

A Toronto, Ron Rosenes activiste vivant avec le virus du VIH depuis plus de 35 ans se remémore ces années de crise et évoque ses souvenirs de militant, entre l´urgence de trouver rapidement des traitements adéquats pour les malades séropositifs, mais aussi l´importance de déstigmatiser les minorités décimées par la maladie.

Aujourd´hui, les victoires sont nombreuses, mais le combat se poursuit. Désormais se pose la question de la relève, celle de l´engagement de la jeunesse à faire face aux nouveaux défis qu´engendre la maladie, comme l´accès à un médicament générique qui prévient la transmission du virus ou la décriminalisation de l´exposition au VIH.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2017

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Texte narratif :
Paris Début des années 90 Extrait : 120 battements par minute


Un extrait du film : 120 battements par minute est présenté. Des adolescents se présentent devant une classe d'étudiants de leur âge.


JEUNE HOMME

Bonjour, tout le monde.

Nous sommes Act Up-Paris et nous

sommes venus vous donner un

cours de prévention sur le sida

parce que l'État français est

incapable de nous informer.


PROFESSEUR

Mais qui vous a

donné l'autorisation?


JEUNE HOMME

Il faut savoir que la capote,

c'est la seule manière de se

protéger. Pour la fellation,

ce qu'il faut savoir,

le risque existe bel et bien.


Les adolescents sont suivis par une caméra qui les films. Certains distribuent des dépliants et des condoms aux étudiants. Le professeur ne sait plus où donner de la tête.


PROFESSEUR

Oh, je vous demande

de quitter cette salle!


L'inscription suivante apparaît: Grand prix Festival de Cannes. Puis d'autres extraits du film défilent. Il s'agit cette fois d'une manifestation pacifique dans les rues de Paris. Des centaines de personnes sont couchées au milieu de la rue.


VOIX MASCULINE

Nous vivons le sida comme une

guerre. Une guerre invisible

aux yeux des autres. Pourtant,

nos amis meurent. Et nous

ne voulons pas mourir.

Nous nous battons contre ceux

pour qui l'épidémie est

une aubaine, car elle tue

depuis plus de dix ans dans

l'indifférence générale.


Ensuite une succession d'images des quartiers LGBTQ du monde défilent.


ROBIN CAMPILLO, réalisateur de «120 battements par minute», parle en entrevue sur le toit d'un immeuble dans un centre-ville.


ROBIN CAMPILLO

Ça parle d'abord de mes

souvenirs parce que je suis

rentré dans le groupe de lutte

contre le sida, le groupe

d'activistes de lutte contre

le sida, Act Up-Paris, en 1992,

et j'y suis rentré après

dix ans d'épidémie où j'avais

le sentiment qu'en France,

il y avait une espèce de chape

de plomb sur l'épidémie.


Des gens circulent dans le centre-ville.


ROBIN CAMPILLO

On avait désigné un certain

nombre de minorités, comme

les homosexuels, comme les

toxicomanes, comme des personnes

qui allaient à peu près

toutes mourir de cette maladie.

En même temps, il y avait aucune

communication en direction

de ces minorités et donc,

je suis rentré à Act Up en 1992,

très en colère de qu'est-ce qui

s'était passé. Et j'ai décidé,

comme tous les gens qui étaient

dans ce groupe, d'essayer

de changer un peu les

représentations que les gens

avaient de la maladie

et de faire un peu bouger

les choses au niveau politique.


Dans un parc où se dresse un mémorial aux victimes du sida, RON ROSENES, militant pour la lutte contre le VIH, témoigne de sa contribution.


RON ROSENES

Je m'appelle Ron Rosenes.

Je suis activiste et militant

pour les gens vivant

avec le VIH depuis 25 ans.

Je vis avec le VIH depuis

plus de 35 ans. Donc, je l'ai

contracté au début de l'épidémie

quand le virus n'avait pas

encore de nom. Mais je fais

partie de la communauté

d'activistes à partir de l'année

1990, quand mon ami est mort

de causes liées au VIH.


L'entrevue avec ROBIN continue.


ROBIN CAMPILLO

D'abord, il y a un truc qu'il

faut savoir. Vus d'ici, c'est

un peu incompréhensible, mais le

mot «communauté», comme le mot

«minorité» étaient un peu

des gros mots en France.

C'est des mots qu'on utilisait pas.

On considérait que c'était

dangereux, qu'il y avait

un danger de communautarisme,

qu'on allait rester entre nous.

Enfin, il y avait une vision

assez atroce. Il n'y avait pas

eu de problème pour nous

désigner comme les personnes

qui allaient mourir de la maladie,

mais par contre, on avait pas

le droit de se rencontrer parce

que c'était quand même un peu

dangereux; on allait faire

des choses terribles ensemble.


Au cours des témoignages, des images de villes défilent.


RON ROSENES

Et nous, au Canada, on avait

pas les sièges sociaux

pour les grandes compagnies

pharmaceutiques, mais on avait

les mêmes ennuis, non seulement

avec le développement

de traitement à l'époque, mais

aussi avec les gouvernements

qui résistaient de bien

comprendre qu'un segment de

la population avait été vraiment

touché par ce virus. Donc,

on était engagés, souvent avec

des alliés, comme le mouvement

féministe, dans une lutte assez

profonde à l'époque déjà.

Donc, à l'arrivée du virus, ça nous

a encore compliqué la lutte

pour les droits humains.


ROBIN CAMPILLO

Alors, ce qui s'est passé,

ce qu'effectivement,

Act Up-New York naît en 1987 et

Act Up-Paris naît en 1989, donc

pas si longtemps après, deux ans

après, sur l'initiative de

Didier Lestrade qui fonde Act Up

avec deux autres copains en

France. Et c'est vrai que

Didier Lestrade, c'est un journaliste

et qui est un journaliste

spécialisé dans la musique.


Une photo de Didier Lestrade passe, puis on revient à l'entrevue.


ROBIN CAMPILLO

Et en fait, c'est quand même

quelqu'un qui est très sensible

à l'esthétique, en fait, d'Act

Up, parce que... Mais quand

on parle d'esthétique, c'est pas

seulement créer des affiches,

etc., c'est aussi se

réinventer soi-même

et ça, c'était très important.


Des extraits vidéo d'une parade de la fierté défilent.


ROBIN CAMPILLO (Narrateur)

Et c'est vrai qu'il y a

une force d'Act Up-Paris,

parce qu'on importait

des méthodes très américaines

de contestation que la France

ne connaissait pas très bien

et que ça a créé un précédent

très, très fort.


Des jeunes font de l'affichage sauvage. Puis on revient à l'entrevue.


ROBIN CAMPILLO

Et notamment,

je pense qu'on a aussi importé,

quand on parle d'esthétique,

l'esthétique des débats,

c'est-à-dire une esthétique

de la prise de parole qu'on

connaissait pas très bien

en France à ce niveau-là. Et

ça a été la force d'Act Up-Paris

aussi d'apparaître comme quelque

chose de très nouveau, voilà.


Des extraits d'archives prêtés par Act Up Paris montrent des manifestants arrêtés par les forces policières.


ROBIN CAMPILLO

Et on a créé ça, effectivement,

dans l'urgence, dans la peur de

la maladie, dans la peur aussi

que les copains meurent, etc.,

et malheureusement, il y en a

beaucoup qui sont morts

à l'époque.


RON est devant le mémorial et lit quelques noms gravés sur les plaques.


RON ROSENES

Ici, au Canada, on avait

les mêmes défis qu'en France.

Peut-être qu'on avait pas ici

les sièges sociaux des grandes

compagnies pharmaceutiques,

mais on avait et on constatait

les mêmes défis avec le gouvernement

et aussi avec la discrimination

et la stigmatisation

par le grand public au Canada.


De nouveaux extraits du film «120 battements par minute» montrent des activistes qui investissent une compagnie de produit pharmaceutique et qui lancent des bombes de sang sur des vitrines.


RON ROSENES (Narrateur)

Donc, même si, nous, au Canada,

on jetait moins de sang tel

qu'on le voit, par exemple, dans

120 battements, ça ne veut pas

dire qu'on était pas actifs

et aussi actifs que nos

compatriotes dans la lutte,

soit à Paris, soit à New York

ou à San Francisco.


Des découpures de presse défilent, témoignant des revendications concernant le SIDA.


ROBIN CAMPILLO

On a changé quand même

des choses sur la perception

de l'homosexualité, etc.

Ce qu'on a pas réussi à faire,

moi, je pense, c'est changer

la perception sur d'autres

minorités: sur les toxicomanes,

sur les prostituées, etc.

Je trouve qu'on est vraiment

très, très en retard en France.


Des extraits de vidéo d'archives prêtés par AIDS action now! sont présentés. Il s'agit de manifestations ayant lieu à Toronto.


RON ROSENES (Narrateur)

À l'époque, il s'agissait

de l'urgence parce que, nous,

on mourait. On avait besoin

de traitements développés

de façon sûre, de façon rapide,

en s'assurant qu'ils

soient efficaces.

Donc, on a dû apprendre en même

temps à ne pas être seulement

des voix qui se plaignaient du

manque de progrès, mais on est

devenus à l'époque des citoyens

chercheurs scientifiques, afin

de bien comprendre la science.

Et ça continue jusqu'à nos

jours, peut-être avec moins

d'urgence. Mais il arrive des

situations, aujourd'hui, telles

que l'accès aux médicaments qui

offrent la prophylaxie contre le

VIH. Donc, la lutte continue.


D'autres découpures de presse font foi des propos. Puis on retourne à l'entrevue dans le parc du mémorial.


RON ROSENES

Et quand le progrès nous semble pas

assez rapide, il faut souvent

appeler les gens d'AIDS Action

Now pour militer à haute voix.

Mais il y avait aussi des gens

qui passaient leur temps,

un peu comme moi, à bien

comprendre la science.


ARNAUD VALOIS, comédien témoigne à son tour sur un toit dans un centre-ville.


ARNAUD VALOIS

Ma mère qui est dans le

médical, en fait, m'a dit que le

travail d'Act Up a servi après

à énormément de maladies, sur

les protocoles compassionnels

par exemple, où on ne donne pas

de placebo, mais le traitement

le plus efficace contre

le nouveau médicament.


Des extraits de «120 battements par minute» sont présentés, représentant la lutte d'Act up pour faire entendre les voix des sidéens.


ARNAUD VALOIS

Ça, c'est toutes des luttes d'Act Up.

Et donc, du coup, c'est énorme.

C'est énorme ce qu'ils ont fait.


RON ROSENES

Aujourd'hui, il y a des gens

qui reçoivent leurs médicaments,

ici, en Ontario, grâce

à ce programme de remboursement

public qui est là pour tous les

Ontariens, et pas seulement pour

les gens qui vivent avec le VIH.

Donc, je crois que c'était l'une

des plus grandes victoires, ou

accomplissements, de l'époque.

C'était la création d'un

premier plan de remboursement.


ROBIN CAMPILLO

Je pense qu'on a gagné des

choses quand même. Après, c'est

toujours à remettre au goût

du jour et il faut toujours

se méfier et les combats sont

toujours à remettre. Et puis

surtout, il y a des minorités

dans la minorité. Il y a les

Noirs chez les homosexuels.

Il y a les trans, il y a les intersexes,

etc., et c'est d'autres combats à mener.


RON ROSENES

Pour prévenir le VIH, c'est

disponible depuis deux ans. Aux

États-Unis, il y a maintenant

150 000 personnes qui ont accès

à cette forme de prophylaxie.

Nous, on va l'avoir bientôt.

Ici, en Ontario, on a dû

militer et pousser parce que

ça prenait trop de temps.

Les recherches avaient été

faites, la protection offerte

par cette pilule a été

complètement démontrée,

et avec un pourcentage de succès

qui s'approche de 100%.


ROBIN CAMPILLO

Faut pas avoir une nostalgie

de cette époque, parce que

c'était une époque extrêmement

triste, mais je voulais quand

même qu'on se rende compte que

c'est très facile d'avoir une

puissance politique. Parce qu'on

était pas une génération; on

était une poignée de personnes,

et on a réussi à faire changer

les choses. C'est vrai

qu'aujourd'hui, il y a une

espèce de torpeur politique,

alors, je sais pas du tout

au Canada, mais en France,

assez forte par rapport à ça.

J'ai l'impression que c'est

compliqué de mobiliser les gens,

alors après, c'était sans doute

plus facile de se mobiliser

sur la question de cette

maladie qui était mortelle.

On avait pas le choix.


NAHUEL PÉREZ BISCAYART, comédien dans le film avec ARNAUD VALOIS donnent leur avis.


NAHUEL PÉREZ BISCAYART

Aujourd'hui, bien, c'est très

facile de signer des pétitions,

des choses sur change.org. Il y

a plein de choses qu'on peut

faire, mais après, la question,

c'est toujours: est-ce que

ça va vraiment mettre la classe

politique en danger pour pouvoir

obtenir de nouveaux droits?

Pour pouvoir arracher

même des droits?

Bien, c'est la question qu'on se

pose, hein. C'est très facile,

en fait, d'être engagé

de manière absente, quoi.


RON ROSENES

On fait très, très bien

de rappeler à tout le monde,

surtout à la génération qui

n'a pas vécu la grande crise,

comment c'était à l'époque,

quels étaient, justement,

les obstacles auxquels on a fait

face à l'époque. Pas qu'ils

nous remercient. Je ne veux pas de

remerciements, mais je voudrais

quand même que les jeunes soient

au moins conscients de la

génération, telle que la mienne,

qui les a précédés, du travail

qui a été fait. Aussi pour

les encourager à s'engager

dans l'activisme aujourd'hui.


VOIX MASCULINE

Rejoignez-nous!


Quelques séquences du film «120 battements par minute» défilent en rafale.


Texte informatif :
Au cinéma le 13 octobre


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